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LITTERATURE

XVII° siècle

Les auteurs et leurs œuvres

Yvan Pailhès©

Enseignant chercheur honoraire

Université Aix-Marseille

Ecole de Notariat

 

Molière

Jean-Baptiste Poquelin

1622–1673

L’ANALYSE DES COMÉDIES DE MOLIÈRE (II)

 

II) La peinture des caractères chez Molière:

Molière cependant, allait trop avant dans l’observation de la vie humaine pour n’arrêter ses regards qu’à un extérieur éphémère.

 

Si chaque génération a ses ridicules propres, il faut bien qu’il y ait une cause permanente qui les fasse naître. L’auteur de « Tartuffe » et du « Misanthrope » l’a parfaitement compris les défauts éternels de notre nature ont été analysés et peints par lui avec une profondeur telle que les modèles qu’il en a tracé demeurent aujourd’hui encore des « types » définitifs. Néanmoins là n’est pas ce qu’il y a de plus étonnant dans ce génie singulier. D’autres que lui ont su lire bien avant dans notre cœur, mais leur œuvre était en harmonie avec la nature de leur observation. Étant donné par exemple, ce que voit dans l’homme un Corneille, il est naturel qu’il éveille en nous un sentiment d’admiration ; de même qu’il est naturel que les faibles héros de Racine excitent en nous la pitié. Par contre constater, comme le fit Molière, que l’homme est lâche, avare, égoïste, hypocrite et menteur, apercevoir en nous non point ce qu’il y a de touchant, de grand, mais ce qu’il y a de bas d’odieux n’est-ce pas un spectacle fait pour arracher les pleurs plutôt que propres à exciter le rire ? Cela n’est guère contestable. Cependant Molière sait faire jaillir de cette observation une source intarissable de « mâle gaité », entendons par là d’une gaieté mêlée de tristesse ; faite du plaisir de bien voir et de la mélancolie de constater que l’objet de sa découverte n’est pas « beau ». Les sujets de tragédie décrivent des états de passions déchaînées qui devraient aboutir à des catastrophes, Molière sait néanmoins faire le plus gai des divertissements c’est en cela qu’éclate ce qu’il y avait d’unique dans ce don du comique dans cette «vis comica», que nul n’a possédé au même degré que lui.

 

A) l’Avarice.

Certes, il est infiniment triste de voir l’avarice dessécher le cœur d’un homme au point d’y faire périr les sentiments les plus vivaces et les plus sains que la nature fasse germer. Mais Harpagon étant un bourgeois très riche (il a intendant, maître d’hôtel, équipage) qui tient à garder son rang dans le monde, un conflit surgit naturellement entre ces nécessités mondaines et son intime penchant. Les moyens employés pour concilier ces deux tendances contraires deviennent ainsi une source fécondent de détails comiques (préparatifs du repas, acte III scène 2. Démarches avec Frosine acte II, scène 5, et maître Simon acte II scène 2).

 

B) L’Égoïsme.

Il est triste aussi de voir l’égoïsme prendre la forme vile qu’il revêt en la personne d’Argan et pousser un homme à sacrifier à son vice le bonheur de sa famille entière. Mais précisément ce soin exclusif que le malade imaginaire prend de sa précieuse santé, le fait entrer dans les détails les plus bouffons (actes I, scène 1), le rend le jouet des gens de la Faculté et de sa femme Béline (acte III, scène 10) et met en conflit aigu son désir de ne pas gaspiller son argent et celui de se soigner à tout prix.

 

C) L’hypocrisie.

Il est odieux et plus triste encore de voir un homme s’introduire par ses hypocrites manières dans une famille honnête et unie, répandre autour de lui la division et la haine et presque la ruine. Mais à l’hostilité qu’il provoque en une Dorine nous devront les récits (acte I, scène 4) et les réflexions (fin scène 4 de l’acte I) les plus comiques ; comme à l’engouement de la première victime, Orgon, les portraits (acte I, scène 5), les mots (acte I, scène 4) et les situations (actes IV,) les plus capables d’exciter le rire.

 

C) La Veulerie et la Misanthropie.

Il est triste enfin de voir un père par lâcheté de caractère reculer devant un simple effort pour mettre à la raison des femmes à moitié folles et ne pas risquer le bonheur de son enfant. Comme il est pénible de vivre dans une société où l’on doit mentir presque sans cesse pour ne pas offenser les gens. Mais quel plaisir pour nous d’entendre le ton bourru d’un Alceste (acte I, scène 1), ses apostrophes véhémentes à Célimène et aux petits marquis (acte II, scène 2) ou mieux encore ses formules d’une politesse embarrassée cachant mal l’opinion défavorable que les conventions mondaines lui interdisent d’exprimer crûment (acte I, scène 2). Comment retenir un éclat de rire à la vue d’un Chrysale, dans « les femmes savantes », passant presque dans le même instant de la proclamation la plus ferme de son autorité souveraine, à la plus honteuse dérobade à l’approche ou sur un simple regard de Philaminte son épouse (acte II, scène 4 ; acte II, scène 7).

(à suivre)