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LITTERATURE

XVII° siècle

Les auteurs et leurs œuvres 

Yvan Pailhès©

Enseignant chercheur honoraire

Université Aix-Marseille

Ecole de Notariat 

Molière

Jean-Baptiste Poquelin

1622–1673

(2ème partie)

L’ASPECT TRAGIQUE DES COMÉDIES DE MOLIÈRE 

Molière est de toute évidence notre plus grand comique. Ni chez les Grecs Aristophane et Ménandre, ni non plus Plaute ou Térence chez les latins ou encore plus proches, Jean-François Régnard (1655–1709), Beaumarchais, Labiche, après lui, n’ont su tirer tant de gaieté d’une observation exacte des caractères et des mœurs.

C’est toutefois une approche superficielle un peu comme le personnage de Charlot dans les films de Charlie Chaplin que l’on présente comme un clown facétieux qui fait rire alors que c’est tout le contraire c’est-à-dire un personnage tragique il en va de même des pièces de Molière qui peuvent être tragiques par le sujet, par les situations, et par le fonds des caractères.

 

I) Le caractère tragique du sujet des comédies de Molière:

Le sujet des pièces de Molière est tragique et présente des situations sordides :

– «L’Avare» retrace l’histoire d’un homme qui par cupidité est décidé à faire le malheur de ses deux enfants (projet de mariage d’Élise avec un homme âgé de 60 ans qui ne demande pas de dot et de Cléante, son fils, amoureux d’une orpheline sans fortune, qu’Harpagon veut également épouser) sans le vol de la cassette qu’adviendrait-il de ses deux enfants ?

– « Le bourgeois gentilhomme » c’est l’histoire d’un homme qui par vanité se joue du bonheur de sa fille ; sans le stratagème de Covielle quelle serait la destinée de Lucile ?

– « Tartuffe » cette pièce nous conte les aventures d’un scélérat qui cherche à suborner la femme de son bienfaiteur ; oblige celui-ci à maudire son fils, à casser un mariage solennellement promis, de lui faire donation entière de ses biens dépouillant ainsi les héritiers légitimes. Sans le piège tendu à Tartuffe par Elmire, et sans doute l’intervention du roi, qu’adviendrait-il de la famille d’Orgon ?

– « Le malade imaginaire » dépeint un homme qui par égoïsme sacrifie de propos délibéré le bonheur de sa fille ; comme Chrysale dans les « Femmes Savantes » par faiblesse de caractère permettra le malheur de la sienne. Sans la mort simulée d’Argan dans le premier cas, et sans les fausses lettres d’Ariste dans le second, quel serait le destin inévitable d’Angélique et d’Henriette ?

II) le tragique des situations:

On le trouve dans l’avare à la scène 2 de l’acte II lorsque Cléante découvre que son prêteur et son propre père (Harpagon !).

Dans le bourgeois gentilhomme (scène 2 actes IV) lorsque Madame Jourdain surprend son mari en compagnie de la marquise Dorimène.

Dans Tartuffe la scène 6 de l’acte III présente Orgon chassant son fils coupable de voir en Tartuffe un scélérat ; ou encore à la scène 7 de l’acte IV Tartuffe chassant Orgon de sa propre maison, enfin lorsque Orgon, trahi par Tartuffe, en est réduit à fuir pour éviter la prison (actes V, scène 6). De même dans le malade imaginaire la scène où Beline fait l’oraison funèbre de son mari. 

III) L’élément tragique du caractère des personnages :

Harpagon, haï, méprisé de tout son entourage, révèle, dès que sa passion est contrariée une âme prête au crime. Poussé à bout il ne reculerait devant aucun forfait. Il trouve naturel que son emprunteur "s’engage à faire mourir son père avant 6 mois" et quand Frosine lui déclare « qu’il enterrera ses enfants et les enfants de ses enfants » il en est ravi « tant mieux » répond-il à l’entremetteuse.

Tartuffe pas plus que Don Juan ne croit au ciel ni à l’enfer. Pris au piège (acte IV) il révèle le fond de son âme qui est celle d’un scélérat fieffé, coureur de dot, débauché sans pitié.

Argan trouve naturel d’imposer à sa femme la vie triste et « répugnante » d’infirmière ; sa fille doit se trouver heureuse de payer de son bonheur la santé de son père. 

Malgré tout, les pièces de Molière restent des comédies. En effet par des mots clés en des stratagèmes ingénieux il sait couper court à des situations pénibles ou à des dénouements malheureux. L’unité d’impression est toujours respectée par Molière et cette impression est comique.

(à suivre)