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LITTERATURE

XVII° siècle

Les auteurs et leurs œuvres

Yvan Pailhès©

Enseignant chercheur honoraire

Université Aix-Marseille

Ecole de Notariat


La Bruyère Jean

1645–1696

(1ere partie)

 

BIOGRAPHIE : 

Jean de La Bruyère, ainé de huit enfants, naquit à Paris en 1645. Son père était, officier royal, contrôleur des rentes de la Ville de Paris.

Après des études chez les oratoriens à Paris, où on lui enseigne le latin et le grec, et avoir passé sa licence en droit à Orléans (1665) il fut reçu avocat au Parlement de Paris, mais semble n’avoir pas ou peu plaidé.

Ayant hérité d’une partie de la fortune d’un oncle financier il acheta en 1673 la charge de trésorier des finances à Caen, lui procurant un revenu de 2500 livres par ans, sans qu’il soit astreint à y résider, ce qui lui permet de continuer à vivre à Paris dans l’oisiveté.

Il lit beaucoup, se cultive pour son plaisir et traduit du grec « les Caractères » de Théophraste[1][1].

En 1684, sous les auspices de Bossuet qui l’apprécie à sa valeur, il entra dans la maison de Condé comme précepteur du petit-fils du prince, le duc de Bourbon, jeune homme intelligent, mais hautain, brouillon et peu intéressé par les études.

Par son comportement, il sut toujours s’attirer le respect, dans un milieu où la vie des subalternes n’était pas des plus agréables, le prince de Condé étant un homme autoritaire et colérique. L’éducation du duc de bourbon achevée en décembre 1686, il resta dans la maison de Condé en qualité de gentilhomme ordinaire.

Ce fut pour lui un poste excellent d’où il put, à son aise, étudier « la ville et la cour ».

Il est reçu membre de l’Académie française, après deux échecs, en 1693. Il mourut subitement à Versailles, très certainement d’un accident vasculaire cérébral, en 1696.

 

ŒUVRES :

 

I) Les « Caractères » de Théophraste.

La première publication, en 1688, de Jean de La Bruyère, fut la traduction, agrémentée de certaines des pièces de son cru, des « Caractères de Théophraste traduit du grec, avec les caractères ou mœurs de ce siècle », philosophe et moraliste grec du IV ° siècle avant Jésus-Christ.

Cet ouvrage eut un extraordinaire succès, trois éditions en 1688 sont épuisées.

Par la suite, Théophraste passera au second plan au profit des maximes et portraits de La Bruyère, sans qu’à aucun moment l’engouement du public cesse.

Etienne Michallet (1630 ( ?) 1699), imprimeur-libraire des écrits de La Bruyère fera fortune.

 

II) Les « CARACTERES »

C’est l’œuvre fondamentale de La Bruyère d’une extrême fraicheur et actualité, un texte qui n’a pas d’âge.

L’ouvrage contient sous forme de « Maximes » et de « caractères, de portraits », une peinture détaillée de la société du XVIIe siècle, dans ses traits généraux, de l’humanité tout entière.

Les « Caractères », divisés en 16 chapitres, sont assez librement présentés. Il n’y a pas vraiment de lien entre les divers chapitres ce qui permet une lecture indépendante ; chacun de ceux-ci groupe autour d’une idée centrale des remarques, des réflexions ayant un rapport avec cette idée.

La Bruyère note au vif, dans ce livre, les travers qu’il a constatés dans la vie sociale :

– Dureté des grands « qui n’ont point d’âme ».

– Morgue des financiers « pétris d’ordures et de boue ».

– Bassesse des courtisans « singe de la royauté ».

– Misère des paysans « animaux farouches, vivants dans des tanières ».

– Bizarrerie des femmes « meilleures ou pires que nous ».

– Vanité des prédicateurs « qui font des madrigaux »

– Sottise des esprits forts « qui sont des esprits faibles ».

Par cette peinture fidèle, quasi intemporelle, pouvant être transposée à notre époque, en réalité à n'importe qu'elle époque et lieu, La Bruyère espère corriger l’homme, qui lui a fourni « la matière de son livre » et les mieux disposer à recevoir l’enseignement chrétien. C’est pourquoi l’ouvrage se termine, par le chapitre des esprits forts, avec une réfutation de l’athéisme.

 

III) " DIALOGUES sur le QUIETISME »

Dans cet ouvrage publié à titre posthume en 1699, il prend le parti de Bossuet dans sa lutte contre le quiétisme.

Le quiétisme, doctrine mystique qui secoua le XVIIe siècle, prétendait que la perfection chrétienne réside dans l’« amour pur» et la contemplation de Dieu par l’homme, en l’absence de toute «activité de l’âme », dans une totale passivité. Elle posait, notamment que la foi véritable est incompatible avec l’activité humaine, sous tous ses aspects. Elle prônait l’union avec Dieu dès cette vie, et dans cette union, l’homme, dans un état de passivité totale, n’avait plus besoin, ni d’agir, ni des rites (communion, confession, etc.), ni de prier.

Ce courant inspiré par un prêtre latin Miguel de Molinos fut condamné par l’église latine comme hérésie, mais connut un regain d’intérêt au XVIIe, avec Fénelon et Mme Guyon (Jeanne-Marie Bouvier de la Motte) ; il fut l’objet d’une grande controverse entre Bossuet et Fénelon.

 

(à suivre)



 



[1][1] Né sur l’ile de Lesbos vers -371, mort à Athènes vers -288 avant Jésus Christ, est un philosophe grec élève d’Aristote.